« ‘’J’avais faim, et vous m'avez donné à manger ; j'avais soif, et vous m'avez donné à boire ; j'étais un étranger, et vous m'avez accueilli... Chaque fois que vous l'avez fait à l'un de ces plus petits de mes frères, c'est à moi que vous l'avez fait. ‘’ (Matthieu 25, 35-40)
Face à la montée du discours anti-étranger dans l'espace public, l'association Présence Chrétienne-Groupe de Réflexion et d'Action alerte contre les risques de dérives xénophobes.
Le Sénégal est, par essence, une terre de rencontres. Depuis des générations, des femmes et des hommes venus d'horizons divers y vivent, étudient, travaillent et entreprennent. Ils y fondent des familles et enrichissent, chaque jour, le tissu social de notre nation. Notre histoire commune nous enseigne une vérité fondamentale : la différence n'est pas une menace. Elle devient une richesse dès lors qu'elle s'inscrit dans le respect, la justice et la responsabilité.
Face aux dérives verbales constatées ces derniers temps, Présence Chrétienne appelle aujourd'hui à une mobilisation citoyenne urgente contre toutes les formes de xénophobie, de discrimination et de stigmatisation de l'étranger.
Nos traditions nous invitent à accueillir l'étranger avec respect, dignité et bienveillance.
L'accueil de l'autre n'est pas une simple vertu morale, c'est un impératif spirituel majeur. De l'hospitalité désintéressée du patriarche Abraham en passant par les commandements légaux de l'Exode (« Tu n'opprimeras point l'étranger... » Exode 23,9) jusqu'aux Évangiles, la tradition biblique fait du respect de l'hôte une obligation sacrée.
Nous aimons arborer fièrement notre titre de « Pays de la Teranga ». Pourtant, la Teranga ne saurait se réduire à un slogan publicitaire pour l'extérieur ; elle doit être une exigence éthique au quotidien. Prétendre que le Sénégal étouffe sous un prétendu surpeuplement étranger relève d'une pure vue de l'esprit qu'aucune donnée factuelle ne confirme.
Souveraineté de l'État et dignité humaine
Accueillir l'autre ne signifie pas renoncer à nos lois, ni céder une once de notre souveraineté nationale. Le Sénégal a le droit, et le devoir, de réguler les conditions d'entrée, de séjour et de travail sur son territoire. De leur côté, les étrangers établis chez nous ont des devoirs stricts à respecter envers la République.
Toutefois, la fermeté de l'État doit toujours marcher de pair avec la dignité humaine. La rigueur de la loi n'est pas la haine de l'étranger, tout comme la défense des droits humains n'est pas le déni de l'autorité publique.
Ne tombons pas dans le piège facile du bouc émissaire : face aux rudes réalités économiques et sociales actuelles, la tentation est grande de pointer du doigt un coupable idéal : le migrant, le commerçant expatrié, l'étudiant ou le travailleur venu d'un pays voisin. C'est un aveuglement dangereux.
L'effet miroir : nos compatriotes de la diaspora
Notre appartenance à un espace africain profondément mobile nous oblige. Nos peuples circulent à travers des frontières héritées de l'histoire bien avant nos États modernes.
N'oublions jamais que des millions de Sénégalais vivent et travaillent partout dans le monde. Ils y étudient, y créent des entreprises et y bâtissent leur avenir. La manière dont nous traitons l'étranger sur notre sol est le miroir de ce que nous exigeons pour nos compatriotes à l'extérieur. Nous devons être capables de défendre nos intérêts nationaux sans transformer l'autre en ennemi.
Cette lutte contre la haine est une responsabilité partagée qui interpelle directement quatre acteurs clés :
Aux leaders politiques et d'opinion : conscients du poids de votre parole sur le climat social, nous vous appelons à la responsabilité et à la retenue afin de privilégier des discours d'apaisement et de rassemblement.
À la société civile et aux acteurs religieux : nous vous incitons à mettre en place un cadre permanent de dialogue interconfessionnel et interculturel pour renforcer la paix sociale et consolider les valeurs de tolérance.
Pour une politique migratoire juste et équilibrée
Rappelant que le traité de la CEDEAO signé par le Sénégal assure la libre circulation des personnes et des biens, Présence Chrétienne ne plaide ni pour des frontières passoires, ni pour un repli identitaire dicté par la peur. Nous appelons à une politique migratoire lucide, conjuguant souveraineté, sécurité et humanisme.
Cela exige des actions concrètes :
Il nous faut expulser la xénophobie, pas l'étranger.
La grandeur d'une démocratie ne se mesure pas seulement à sa capacité à protéger ses frontières, mais à sa faculté à garantir la dignité de quiconque vit sur son territoire. Notre foi chrétienne nous impose de reconnaître en chaque individu une valeur sacrée qui transcende la nationalité ou le statut social. En tant que citoyens, nous rappelons que l'amour du prochain exige le respect des lois et la recherche du bien commun.
Le Sénégal n'a pas à choisir entre sa souveraineté et son hospitalité, entre sa sécurité et sa dignité. C'est cette troisième voie, celle de la justice et de la paix sociale, que Présence Chrétienne s'attache à promouvoir.
« N'oubliez pas l'hospitalité ; car, en l'exerçant, quelques-uns ont logé des anges, sans le savoir. » Hébreux 13, 2’’ »
Présence Chrétienne
Groupe de réflexion et d’action pour la démocratie, l'engagement citoyen et la paix sociale






FRANCE


